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En 2003, est apparu, pour moi, les premiers symptômes de la maladie de Crohn. Il y a fallu 6 mois pour que l'on trouve exactement ce que j'avais. J'ai alors 21 ans et 22 en mars.

En juillet 2017, cela fera 14 ans que je suis officiellement atteint de la maladie de Crohn. Et c'est à ce moment-là qu'une deuxième vie à commencer.

Avant j'étais un petit con qui ne savais pas à quel point la vie était importante. Je ne savais pas non-plus ce que j'allais faire dans la vie car après avoir obtenu un BEP électronique j'ai arrêté mes études par choix et aussi car mes parents (venant de divorcer) ne pouvaient pas me payer d'appart à Paris pour continuer. Je voulais être réparateur de tv, lecteur dvd ou créer des logiciels.

Et puis j'avais une petite sœur bien plus douée que moi. Il valait mieux qu'ils payent des études à Aurelie car elle avait le talent pour réussir.

 

2003, nouvelle vie-nouveau caractère :

Je considère avoir eu une enfance heureuse. Bien élevé et éduqué par mes parents. Ils m'ont apportés des valeurs, m'ont permis d'être ce que je suis et de devenir un bon mari et un bon papa (enfin je pense).

Grâce à eux, parfois volontairement quand ado tu apprends la valeur du travail, la valeur de l'argent et les valeurs humaines. Chez nous pas de racisme, pas d'homophobie ou autre discrimination.

Indirectement aussi, car ma maman était gravement malade. Qui pouvais mourir à tout moment sans son traitement. Très vite je me suis rapproché d’elle. J’avais envie de l'aider, la protéger.

Indirectement aussi quand en 2003 elle décide que ces enfants doivent se débrouiller sans elle, que mon père et ma sœur me demandent de ne pas parler de ma maladie, ou pas trop. 

A ce moment-là, grâce à eux je dois me débrouiller seul. C’est vrai que cela été difficile par moment mais sincèrement je ne leur en veux pas. J'ai grandi et c'est bien mieux comme ça. Quand en 2005 je suis à deux doigts de perdre ma jambe puis en 2006 je subis 4 opérations sans avoir ma famille qui m'accompagne. J’ai deux options. Je m’écroule ou je me bats. Je ne me pose pas 10 000 questions. Sans cela je serais peut-être devenu encore plus con. 

Je veux être très clair, je ne leur reproche rien. Au contraire. Et puis, d'autres vivent des galères, des drames ou des histoires plus douloureuses que moi. Je n'ai pas à me plaindre. 

En 2003, je découvre mon futur métier. Comme quoi il n'y a pas de hasard. 2003 restera comme une année charnière comme j'espère que 2016 le deviendra également.

 

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Photo prise pendant mon coma et posée près de moi

1 an jour pour jour :

 

Pourquoi je vous raconte cela ? Car il y a 1 an jour pour jour je tombais dans le coma. Je me souviens très bien de cette journée.

J'étais à l'hôpital 4 jours après mon opération de l'intestin.

J'avais chaud comme s'il faisait 40 degré. La fenêtre de ma chambre était grande ouverte. Ma mère me massait les pieds, ma femme me déposait un gant d'eau froide sur le front. Ils étaient tous gelés et moi je crevais de chaud.

Ace moment-là, pourtant les résultats des examens sont bons et même si j'avoue à Audrey que "je souffre comme je n’ai jamais souffert" je garde le moral et rien ne présage de mauvais.

Malheureusement en fin de journée le docteur Beliard me dit "Kevin on va vous transférez à la clinique du parc". Ok, j'envoie un message à Audrey "on me transfère. Ne t'inquiète pas c'est rien. À tout à l'heure. Je t'aime".

Le "à tout l'heure" prendra 25 jours.

Je suis donc transféré, je ne lâche pas ma bouteille humidifiant. Le transfert est dur et j'ai très très mal.

Arrivé là-bas, une médecin me dit « on va vous endormir car il faut qu'on vérifie 2-3 choses ». Je ne panique pas et m'endors paisiblement.

 J'ouvrirai les yeux une vingtaine de jours plus tard avec 1 chance sur 10 de vivre. Le début du calvaire débute le 18 janvier 2016, nous voilà 1 an plus tard. Je ne pourrais oublier cette période. Ni moi, ni ma famille, ni mes amis et mon entourage.

On me pose une stomie, je fais un arrêt cardiaque, on me dialyse et subit encore beaucoup d’autres choses en service de réanimation.

Tout ce qui s'est passé des années auparavant m'a permis de m'accrocher, m'a permis de ne rien lâcher et d'être encore vivant. C'est pour cela que je remercie ma famille d'avoir par moment été un peu dur, cela m'a servi. Et puis on fait ce que l'on peut quand on est parent. Qui suis-je pour leur en vouloir ? Moi-même papa Je vais en faire des erreurs.

Je les aime (eux et ma petite sœur).

 On dit de moi que je suis un  « Warrior » avec tout ce que j'ai eu entre mes 11 opérations, ma jambe que j’ai failli perdre ou les douleurs que j’ai chaque jour. J’ai été travailler, jouer et entraîner avec des douleurs violentes, des plaies ouvertes. Je n’ai jamais voulu que la Maladie impose sa loi, du coup je l’affronte en serrant les dents.

J'aime bien l'idée du "phœnix" aussi, quand je suis au plus mal j'arrive toujours à renaître de mes cendres. Ma femme m’a dit un jour « Chéri, ce que tu es et comment tu te bats vont faire que tes enfants seront fier de leur papa ». Peut-être mais ma seule idée est d’être encore près d’eux aujourd’hui tout simplement.

 

Et après ?

 

Après tout ça, la vie est devenue encore plus belle. Déjà qu'avant j'en profitais avant le 18 janvier 2016, alors là.

Je ne me cache pas, je suis quelqu’un qui peut agacer. Je suis sans doute par moment dans l’excès mais je suis quelqu’un de vrai qui ne triche pas. Et puis si ma personne ne plait pas, les gens n’ont qu’à passer leur chemin.

Il y a 1 an, mes parents se sont retrouvés dans la même pièce, chez moi alors que ça n'était plus arrivé depuis 15 ans. Il y a fallu cela pour arriver à les réunir. J'aimerais pouvoir le refaire une fois par an. Se retrouver tous les 4 autour d'un repas... Mais ça me paraît impossible.

Mon autre souhait est de pouvoir offrir à ma femme et mes enfants des vacances grandiose, magique. Un voyage (îles, USA,...) rien que pour nous. Ils ont tellement souffert par ma faute qu’ils méritent de rêver et d’avoir des étoiles dans les yeux. Je vais économiser.

Si je devais être un peu personnel, j'aimerais pouvoir passer une journée exclusivement football. Passé un moment à discuter avec Dupraz, Guy Roux, Canto ou toute autre personnalité footballistique que j'adore. Et voir un match de ouf comme à Glasgow ou Dortmund. Même Barcelone et l'Atletico me plairait. Une petite fête rien qu’avec mes potes me plairaient beaucoup également.

Seulement mon cas passe après ceux que j’aime. Emma aimerait rencontrer Louane, Éden ça serait Griezmann (Emma aussi d'ailleurs) et voir la joie, le bonheur dans leurs yeux me comblerais. 

Je préfère les voir heureux que de penser à moi.

Une chose est sûre quand j'aurais subit ma 12ème opération en avril ou septembre je ferais mon saut en parachute.

Ce saut voudra dire « Voilà c’est fini. J’ai touché les nuages de près mais je préfère revenir sur la terre ferme près des miens ».

 

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Pour finir :

 

Mon message au final est juste de ne pas oublier les épreuves car elles ont un effet positif un jour ou l'autre sur notre vie. Encore faut-il être prêt à écouter le message. 

Je tiens à remercier tous ceux qui ont été là pour moi et mes proches. Vous êtes si nombreux.

Merci de tout mon cœur et ne vous inquiétez pas… Je vais rester chiant.