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Ce soir, j'ai pris un petit coup de bambou sur la tête. Je rentre, fatigué, de le séance d'entraînement que j'ai encadré et je me rend compte que quelque chose me gène au ventre. Je me mets torse nu, touche et sent une grosseur côté droit. J'avais déjà une déformation mais pas de la même manière. Je rejoins ma femme pour lui demander de regarder, de toucher pour savoir si elle a la même sensation que moi. Malheureusement, elle confirme que quelque chose cloche.

Elle me dit "Effectivement il te manque une bourse".

Moi "Mais non pas cette grosseur ! Coquine va !" 

Non, en vérité elle a bien touchée mon ventre. J'ai vu venir les gens avec des idées mal placées. Déjà, la veille le médecin (j'ai été faire mon Remicade) m'a un peu contrarié. Je dois faire une Coloscopie, un examen du foie et une prise de sang plus poussée. J'ai des résultats anormaux. Est-ce un lien ? Je ne pense pas.

Alors forcément je m'inquiète. Je ne m'inquiète pas de savoir si c'est grave mais juste que s'il y a vraiment un problème cela va ralentir ou annuler toute ma progression sociale, physique et pour mon avenir. Sociale car j'ai repris mes activités habituelles (sportives, pro, ...) qui me permettent de me sentir moins seul, physique car, même si mon poids laisse à désiré, j'ai repris la piscine, la course et même le foot. Enfin mon avenir, est la chose qui me préoccupe le plus. J'ai passé 15 ans auprès des enfants, à aider des jeunes, à orienter et soutenir des familles mais mon état de santé m'empêche de continuer. Je suis triste de ne plus pouvoir me sentir utile, de ne plus aider ces jeunes que j'adore. En plus de cela, je ne sais même pas quoi faire comme reconversion. Les pistes sur lesquelles  j'étudie mon avenir professionnel ne sont ni sûr, ni potentiellement faisable (ni infaisable d'ailleurs). 

En attendant, tout cela risque d'être mis en suspent. Mes formations d'entraîneurs seront mises de côtés ou je pense même que j'abandonnerais. J'en ai marre de me battre contre ce que le destin ne veut pas me donner. Cette grosseur me fait penser à une éventration qui à lâchée, et si ce n'est pas cela alors faudra de toute manière comprendre ce qui se passe encore une fois. 

Je n'ai pas peur des opérations, je n'ai pas peur des douleurs, je n'ai pas peur de souffrir physiquement. J'ai juste peur de repartir de zéro, j'ai peur de voir mon avenir comme un brouillard épais auxerrois de début novembre. Je ne supporte plus d'être faible, fragile ce qui ne me permet pas d'avoir une vie normale. 

Où je vais ? Qu'est-ce que je peux faire ? Est-ce que je suis cantonné à un destin aléatoire, fait d'espoir décevant et de combat contre la maladie ? Elle est là ma plus grande peur, être quelqu'un d'inutile et qui ne crée que des soucis à mon entourage. Quelle image je vais donner à mes enfants ? Audrey me dit que je donne un bel exemple de courage et d'abnégation mais imaginez-vous être papa, celui qui est habituellement le Roc. Moi, je suis mamalde, faible, parfois très fatigué et maintenant sans emploi. Personnellement, je ne suis pas toujours fier de moi, de ce que je suis. Mais ai-je le choix ?

Mais à côté de cette peur, j'ai une petite voie qui me dit "Kev, regarde par où tu es passé depuis 36 ans. Tu n'as jamais lâché, tu n'abandonnes pas et surtout tu positives toujours. Prêt à faire face aux moindres obstacles". Alors c'est vrai j'ai peur, c'est vrai que j'en ai marre mais jamais, jamais de la vie je me laisserais enfoncer dans une atmosphère morbide. La vie est belle, des gens sont plus à plaindre que moi, et donc je vais relever la tête, sourire, affronter mes angoisses, assumer et tenter d'être à la hauteur. Dieu, le destin, mes anges gardiens où je ne sais qui m'ont fait revenir d'entre les morts, ils m'ont donnés une seconde chance et rien que pour cela, je me dois de sourire à la vie. 

J'ai été le petit garçon débile, idiot, faible, inculte qui n'avait aucun avenir. J'ai prouvé que je n'étais pas tout ça, enfin pas autant et surtout je combat mon crohn depuis presque 15 ans. J'ai travaillé avec des plaies ouvertes car il était hors de question de m'apitoyer sur mon sort, de lâcher prise car des jeunes avaient besoin de moi. J'ai supporté des douleurs inimaginable au boulot, en m'occupant de mes enfants ou simplement pour faire bonne figure. J'ai également eu 12 opérations, 3 gangrènes des jambes (amputation évoquée en 2005), un coma, un arrêt cardiaque, une chance sur dix de vivre, je n'écrivais plus, ne parlais et ne marchais plus. Je ne parle même pas du quotidien. Alors ce n'est pas cette grosseur qui va m'abattre, certains me surnomment le warrior, d'autres me comparent au phoenix. Je ne sais pas ce que je suis, je suis juste moi avec mes défauts, mes défauts et mes défauts. 

Ce soir, j'écris car j'ai besoin de retrouver des forces, de savoir où j'en suis. C'est ma manière de transmettre le quotidien d'un malade du Crohn et sortir ce que j'ai sur le coeur.

Merci de lire, I love You. 

Alors les geeks, demain on relève la tête 

Prenez soin de vous.

Peace

Kev