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Un de ces amis qui vous font tenir

Depuis que je me suis réveillé après mon coma et ma mort presque acquise, chacun jour mon état est différent. Mon état physique et mon état psychologique. Physique, dans le fait que je peux passer un dimanche sans problème et le lendemain être complètement crevé sans avoir d'explication. Psychologique, car il faut s'habituer aux effets secondaires des médicaments, s'habituer à mon corps qui réagit de manière inconstante et également par ma nouvelle vision de la vie.

En décalage et en reconstruction

Le 18 janvier 2016 ma vie a basculée. Je suis passé d'une mort quasi certaine (1 chance sur 10) à un vivant heureux. Je me souviens très bien de cette période même s'il me manque presque deux mois de ma vie. Depuis mon réveil dans ma chambre du service de réanimation, ma vision de la vie est différente. Je ne comprends plus les attaques, les comportements qui sont là pour faire mal, qui sont là pour rabaisser, blesser ou humilier quelqu'un. A la maison je répète souvent "Est-ce qu'on peut se parler mieux que ça ? On n'est pas obligé de s'agresser !". Il est vrai que moi aussi je me comporte parfois comme ça quand je suis très fatigué ou que je sens de l'injustice autour de moi. Mais globalement je suis devenu encore plus pacifique qu'auparavant.

C'est l'histoire d'une vie, d'une enfance où on m'a pris pour le moins que rien de la famille, où je ne ferais rien de me vie, où j'étais un "idiot", un "débile" ou un "futur SDF" car je n'avais que 11 de moyenne à l'école. Je me suis protégé dans le football qui m'a sauvé de certaines périodes noires, j'ai eu mes amis de toujours comme Dim ou Aymé et d'autres qui m'ont montrés leur soutien. Il y a eu l'écriture pour évacuer mes peurs, mes peines, mes colères ou mes questions et enfin est arrivé Audrey en 2007. Dans mon coeur, elle est la femme la plus merveilleuse du monde. Elle a su me rendre meilleur, elle a toujours cru en moi, elle me soutien dans tout ce que je fais et surtout on est heureux ensemble. Alors, quand tu frôles la mort de si près tu te rends compte au combien la vie est belle, la vie est importante et que les cons faut les éviter. Je ne supporte plus les prétentieux, les nombrilistes ou ceux qui veulent t'écraser la gueule.

Je suis loin d'être parfait. Je me rends compte, que j'ai quelques démons ou quelques mauvaises attitudes qui ne me ressemble pas. Je me laisse emporter parfois par cette société de compétition où l'argent et la médiatisation sont plus importantes que la compréhension et la solidarité. Je dois apprendre à me reconstruire, à être plus fort mentalement pour affronter ce monde. Je ne peux l'accepter mais je dois trouver mon équilibre émotionnel. Les exemples les plus flagrants depuis cet été sont ma reprise d'une activité régulière et de mon rôle de coach. Deux choses que j'adore faire et qui me permettent d'avoir une vie sociale. Mon activité est de faire des articles, des interviews ou CR de matches sur le football tarn-et-garonnais (82) et j'ai donc repris une équipe U15 à coacher. Je me rends compte que je suis émotionnellement hyper sensible. Je prends les choses à coeur plus qu'auparavant et du coup je me sens très mal, je suis contrarié alors que je devrais m'en fiche. Un mot, un geste peut me faire culpabiliser, faire que je sois fragilisé sur le moment. Quand j'ai quelques heures pour réfléchir j'arrive à surmonter tout cela mais c'est violent, ça me détruit de l'intérieur et surtout je me dis "Pourquoi tant de médisance, de méchanceté ? A quoi ça sert ?". Au fond, c'est peut-être moi qui suit trop à fleur de peau, c'est peut-être moi parfois qui suit à côté de la plaque. Je me sens en décalage complet avec le monde qui m'entoure.

Comme je disais auparavant, je dois me reconstruire, trouver l'équilibre entre ma vision de la vie et la réalité du monde. Je dois garder ma sensibilité et apprendre à être plus fort, voir être plus malin face à ces personnes mal intentionnées. Je n'ai jamais une pensée méchantes ou un comportement déplacé pour blesser ou faire mal. Du coup, j'ai des jours avec et des jours sans. Cela est dû à l'un de mes médicaments, un anti-douleur dont je suis devenu dépendant. Comme quoi être malade ce n'est pas qu'une question de douleur ou d'opérations, c'est aussi tous les maux qui nous entourent. Je vais subir ma 13ème opération en janvier, j'ai peut-être une autre maladie qui s'est déclarée (je saurais en décembre) et cela ne me tracasse pas. Pourquoi ? Car je saurais y faire face. Par contre, ne pas travailler, se sentir faible, ne pas être en capacité de faire ce que je voudrais, c'est difficile. 

Santé physique et mentale sont liées chez moi

J'ai besoin d'objectifs, de projets concrets. A ce jour, je tourne en rond dans un quotidien routinier. On me répète pense à ta santé. Mais je pense à ma santé, ce n'est pas parce que je veux travailler, bouger ou que je me renseigne sur ma future reconversion que cela va me faire du mal. Bien au contraire.

Cela fait bientôt 15 ans que j'ai cette maladie et je vais vous dire une chose. Je ne considère pas mon Crohn comme une faiblesse ou comme un calvaire, c'est totalement l'inverse. Je pense que ce Crohn a fait de moi un homme meilleur, un homme qui a su enfin trouver son caractère, qui a su se battre et assumer toute la honte que j'avais avec cette foutue maladie de Crohn. Chaque jour, je peux me regarder dans une glace car dans ma tête je ne veux que du bien aux gens à l'inverse de certaines personnes, même de ma famille. Est-ce que je serais différent sans mon Crohn ? Oui. Est-ce que je serais mieux sans mon Crohn ? Non sans hésité. Je ne changerais rien. 

Quand j'aurais fini ce putain de livre et si par malheur (ou par bonheur) il est un jour publié, vous verrez comment j'ai affronté certaines douleurs et que cela n'a jamais été psychologiquement dur. J'ai déjà expliqué que j'avais été travailler avec des plaies ouvertes. Je vais vous raconter une anecdote. A l'époque, j'étais animateur pour les petits dans un centre de loisirs (2006) à Héry (89). Je venais de subir une opération de fistule anale à Auxerre où personne de mon entourage n'a souhaité venir me chercher. Un jour, la fistule reviens et est tellement importante que je ne peux pas m'assoir sauf sur une bouée. Cette fistule est tellement grosse qu'elle se perce 4-5 fois par jour. Du coup, je suis obligé de mettre des serviettes hygiénique. Vous imaginez comment c'est dur psychologiquement pour moi ? Mais j'assume, je relativise. En fait quand la fistule éclate c'est comme un ballon de baudruche que tu gonfles trop, il se rempli d'air puis pète. Là c'est pareil sauf que c'est du pu et du sang. Un matin cette fistule lâche pendant que je suis au boulot avec les enfants, au point que les serviettes n'ont rien fait, que mon caleçon et mon pantalon sont totalement tâché sur mon fessier. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je me suis absenté 5mn aux toilettes, j'ai nettoyé du mieux possible et suis revenu avec les enfants. Ils ont vu ma tache derrière mes fesses. Forcément, ils se sont moqués... Et je me suis moqué de moi-même également en leur disant "Vous voyez les enfants quand il faut allez aux toilettes on y va, on n'attends pas. Pas comme moi" et tout est rentré dans l'ordre. Je n'ai rien dit à mes collègues ni à ma directrice. J'ai fini mon boulot, emmené les enfants à l'école et suis rentré chez moi me soigner.

Tout ça pour dire que ce jour-là, je n'ai pas haïes ma maladie. Je souffrais physiquement et intérieurement mais le fait d'aller bosser m'a aidé. J'avais une vie, j'étais utile et je me sentais bien dans ma tête. Je n'ai jamais pensé à prendre un arrêt pour ça, ni pour autre chose d'ailleurs, car je savais que de travailler ou d'être au foot serait difficile physiquement mais surtout me permettait de me sentir vivant. 

Je dois donc trouver cet équilibre et retrouver mes sensations d'avant. Je souhaite juste de nouveau me sentir vivant... En attendant, comme aujourd'hui c'est les montagnes russes. Je suis hyper crevé sans avoir d'explication. Ça ira mieux demain, faut toujours rester positif !!!

Alors les Geeks, demain on tente de se sentir vivant ???

Kev