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Il y a 3 ans avant mon coma

Cela fait plusieurs mois que je n'avais pas écris sur mon blog et témoigné de mon quotidien de malade du crohn. Et puis cette nuit, j'ai senti ou plutôt ressenti des choses inhabituelles, des odeurs me sont revenues, des moments et des chansons que j'écoutais à une période bien précise ont effleuré mes oreilles. Assez vite j'ai fait le lien avec ce qui m'est arrivé il y a 3 ans où mon crohn a failli me faire passer du côté obscur.

Je ne vais pas revenir en détail sur ce que j'ai eu mais chaque année mon cerveau, mon corps, ma mémoire me rappellent à la même période comme s'ils me disaient "Kev, n'oublie pas. Ne retombe pas dans les mauvaises habitudes"... C'est vrai qu'on a tendance à vite oublier ce qui nous ai arrivé et on repasse trop facilement dans les râleries du quotidien et de cette pression sociales.

Mais depuis 1 mois une petite chose, un petit visage me rappelle chaque jour que la vie est bien plus forte que la mort. Elena qui est arrivé le 14 décembre dernier est le fruit d'un amour éternel entre sa maman et moi mais aussi avec sa grande soeur Emma et son grand frère Eden.  Avant mon coma en janvier 2016 (3 semaines) et  un pronostic vital d'une chance sur 10 de m'en sortir, il n'a jamais été prévu d'avoir un 3ème enfant. Mais quand je suis rentré à la maison après deux mois en service de réanimation sans pouvoir, au début, marcher ou parler Audrey a senti cette envie de redonner la vie. Moi je n'étais pas convaincu car notre petite famille était parfaite avec des enfants merveilleux et plutôt sage. Et en juin 2017 alors que je nageais dans la piscine du camping où nous étions en vacances, j'ai croisé le regard d'un bébé, d'une petite fille qui m'a sourit et là ça été comme un électrochoc. Je suis sorti, me suis planté devant Audrey en lui disant "C'est bon on y va". Elle m'a regardé bizarrement, ne comprenant pas ce que je voulais dire et je lui ai exprimé mon envie d'essayer d'avoir un 3ème enfant. Avoir Elena près de nous est pour nous exceptionnel tellement on  a failli être séparé, tellement on a souffert. Elle de ne pas savoir si j'allais vivre, Emma et Eden qui ne pouvait pas venir voir leur papa. Quand je suis rentré j'étais en fauteuil roulant, j'avais un tuyau qui sortait du ventre (stomie) et j'avais perdu 30kg. Un choc, une épreuve qui encore plus soudé notre petite famille et qui nous permet chaque jour de savoir pourquoi on se lève.

Bon, depuis j'ai repris du poids de la bête... Oui oui "du poids de la bête" car j'ai bien repris mes 30 kg mais je sais que mon poids m'a sauvé, le fait de ne pas fumer et boire aussi mais surtout j'ai des souvenirs de mon coma où mon fils a été là. 

Elena est dans un sens un petit miracle car je reviens de très loin. Les gens disent de moi que je suis "courageux". Je répond toujours que je ne suis pas plus courageux qu'un pompier qui sauve des vies, qu'un enfant qui se bat contre la maladie ou d'un parent qui perd son enfant. Je suis un homme chanceux avec une femme qui m'aime et me soutien dans tout ce que j'entreprend. Et que dire de mes enfants qui sont là pour me porter quand je suis faible et mal en point. Alors oui je suis très malade et mon quotidien est difficile mais rien de comparable avec d'autres.

Alors oui chaque année, les souvenirs reviennent et me perturbent un peu mais au final c'est bien de ne pas oublier. Cela me permet de savoir d'où je reviens et où je veux aller. Ça me permet également de bien garder les pieds sur terre.

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Le jour de naissance de Elena

Cette année, je trouve que j'ai énormément appris sur moi. Je me sens plus serein et moins tourmenté. Alors oui, je reste une personne où les émotions sont décuplés dans le bon ou le mauvais sens. Mais je ne serais pas malade du crohn si j'étais un homme émotionnellement neutre. Je vis ma vie à fond et parfois c'est difficile mais j'essaye de ne pas le montrer si je veux continuer à avancer, si je veux retrouver une vie normale. Pas question de me plaindre et même si j'ai mal ou que je ne suis pas bien, je me lève, serre les dents et hop "viva la vida" !

Je suis quelqu'un qui se donne toujours des objectifs. Quand je me suis réveillé de mon coma, très vite j'ai voulu travailler avec le kiné pour réapprendre à marcher. Une séance de 10mn passait à 20 ou 30 mn car je voulais y arriver. Quand l'objectif était de faire 3 pas, je tentais d'en faire 5, etc... J'ai vu ma petite soeur pleurer quand elle m'a vu marcher sur 20 ou 30m tellement je revenais de loin, tellement je ne lâchais rien. 

A ce jour j'ai deux objectifs. Le premier est de retrouver le monde professionnel même à mi-temps ou par petite touche mais je suis inapte dans mon métier (éducateur en quartier ou directeur de centre de loisirs). Le second est de tout tenter pour devenir préparateur mental et psychologique dans le sport. On a évoqué cela avec deux amis qui sont chez les pros où mon expérience chez les jeunes, mon vécu et ma manière d'être pourrait aider une équipe ou un centre de formation. Je veux tout tenter pour ne pas avoir de regret. Le projet est loin d'être simple et il va falloir être persévérant en tentant d'y arriver par tous les moyens.

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Trois ans plus tard, après un footing

Je rejoue au foot et ça, c'est grand... Une victoire pour moi !

Tout ça pour dire que même 3 ans après il y a des symptômes constant (corps qui raidit, mon traitement, la fatigue,...) mais aussi indirectement avec l'invalidité ou la naissance d'Elena. Je n'ai jamais rien lâché et même si parfois c'est dur, la vie est belle.

Alors les geeks demain on retrouve du boulot ?

Kev