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Audrey à mon retour à la maison en mars 2016... En fauteuil roulant

Il y a 3 ans, je suis tombé dans le coma avec un pronostic vital très engagé. Pendant que je faisais une longue sieste sans savoir si un je me réveillerais un jour, les infirmières ont conseillé à ma femme et ma soeur d'écrire ce qu'elles ressentaient. Mon père, ma tante, ma famille et ma belle famille ont suivi. Mais là je veux montrer la souffrance, les questions et le courage de ma femme pendant cette période.

Car quand on est malade on souffre mais notre entourage souffre sûrement plus, en tout cas autant et différemment. Voici les premiers jours, les premiers témoignages de ma femme... Sachant que mes enfants, à l'époque trop jeune, ne pouvait pas venir me voir. Et c'était bien mieux comme cela.

Cela fait 3 ans et beaucoup de choses se sont passées, bonnes et moins bonnes car la vie reprend son cours normal quand tout rentre dans l'ordre. Mais ce soir, pendant le diné avec les enfants on a reparlé de cette période que l'on ne pourra oublier et qui est un tournant dans nos vies. Et quand j'ouvre ce livre, ce cahier, je ne peux m'empêcher de penser de remercier tous ceux qui ont été là (physiquement et par la pensée) même ceux et celles avec qui aujourd'hui le dialogue est rompu. Le crohn ce n'est pas que de la fatigue ou une question de toilettes.

Ce livre a été important dans ma guérison car je savais ce qu'ils avaient endurés et je me battais encore plus pour eux. Je ne voulais pas que tout tourne autour de moi mais leur montrer que je suis reconnaissant... Même si parfois j'ai été ingrat et dur mais y'a des choses que je maitrisais pas. 

1000 fois MERCI à tous...

Mardi 19 janvier 2016 :

Tu es partis depuis jeudi 14 janvier 2016 de la maison pour te faire opérer le vendredi 15 janvier de l'intestin. Opération lourde où il peut y avoir des complications que l'on nous explique à tous les 2. 

L'opération se passe, c'était sportif comme nous dit le Docteur BELIARD mais ça s'est bien passé. Je viens te voir samedi et dimanche, tu me parait bien, fatigué avec des douleurs mais c'est normal... 

Et puis lundi 18, je viens te voir, je rentre dans ta chambre et là, je te vois tu as les yeux grand ouvert. Tu ne réagis pas beaucoup, tu as eu cette nuit d'énormes douleurs et 41 de fièvres. Je m'inquiète, tu ne réponds pas aux messages, toi qui chaque jour m'envoi toujours des messages. 

Mardi arrive, je te vois un peu mieux mais tu as très chaud alors que ton corps est froid. Je te passe plusieurs fois un gant de toilettes froid sur les corps et le visage. Je rentre et vers 19h tu m'envois un message et tu me dis "Je change de clinique". 

Je pose des questions, tu me dis "C'est à cause de ma tachycardie, ne t'inquiète pas". Et peu de temps après, un médecin de la clinqiue St Jean Languedoc m'appelle et me dis "Votre mari ne va pas bien, on le transfère à la clinique du Parc au service de réanimation". 

Je ne comprends pas ce qu'il t'arrive et je suis très inquiète. Deuxième appel du Dr BELIARD qui m'explique et me dis que tu vas passer un scanner le mercredi matin et suivant les résultats peut être repasser au bloc. 

Troisième appel, c'est une femme réanimateur qui me parle de choc sceptique et que l'on va te placer en coma artificiel. Je suis dépitée, ne comprends pas ce qui m'arrive, ce que je dois faire. Je préviens ta famille et proches en expliquant ton état de santé. 

Les gens me posent beaucoup de questions mais je ne sais pas quoi dire, je suis tellement perdue. Je pense au pire, je ne dors pas de la nuit. Je me dis dans la nuit "Mais pourquoi ? Pourquoi nous ? On a déjà galéré pendant 1 an et depuis décembre on était tellement content, on avait hâte que cette opération arrive pour enfin revivre une vie normale".

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Ma famille réunie et mes parents ensemble dans la même pièce pour la 1ère fois en 17 ans.

Mercredi 20 janvier 2016 :

Ta soeur et Lahcen ont pris la route cette nuit et arrivent tous les 2 avec la chienne de bonne heur. 

Je reçois le coup de téléphone du chirurgien. Au scanner pas de bonnes choses, on te réopère. Tu as fais une péritonite. On m'explique ce qui s'est passée, je suis totalement anéantie.

Emma et Eden partent chez Magalie pour la journée, au départ pour 3-4 jours. C'est Aurélie qui les accompagnent.

Et puis la journée s'enchaine avec Dimitri ton meilleur ami qui fait le long trajet en train, ta tante Marylin depuis Toulon et enfin ton papa. Tout le monde est là, présent pour toi, très triste.

Je te vois ce mercredi 20 janvier, pour la prmeière fois dans le coma. Je pleure, pour moi c'est impensable. C'est mon mari que j'aime, qui est allongé, là, devant moi branché de nombreuses machines avec des tuyaux partout.

Je me dis "Ce n'est pas possible, Kevin ne peut pas me quitter moi et ses enfants". Je pleure tellement qu'après je n'y arrive même plus. Je ne dors pasde la nuit. Le réanimateur est très péssimiste sur ton état de santé. Fin de journée tu es branchée sous dialyse car tu ne fais pas assez pipi. On nous dit à tous que la dialyse est le dernier espoir. Tu as 1 chance sur 10 de t'en sortir. Si demain matin il n'y a pas d'amélioration se sera catastrophique. Tu es vraiment à la limite de la vie et de la mort.

Je t'aime tellement, je ne veux pas que tu m'abandonnes, j'ai besoin de toi et tes enfants aussi. On reparts tous très inquiet, on reste jusque 22h-22h30 à tes côtés. Le soir on se retrouve tous ensemble, ta famille réunie au complet comme tu l'as toujours rêvé. Je prends une photo pour l'accrocher près de toi le jour où tu te réveilleras.

Jeudi 21 janvier 2016 :

Ta soeur Aurélie, appelle la clinique pour avoir de tes nouvelles car je n'en ai pas la force, j'ai tellement peur. On apprend que la dialyse a fonctionné et permise de faire augmenter ta tension. Quel soulagement pour nous. 

Le pronostic vital est engagé depuis mercredi et pour au moins encore 48h. Mes parents prennent la route dans la nuit et arrivent dans la matinée. Toujours autant de pleurs, de questions, d'angoisses...

Vendredi 22 janvier 2016 :

On vient te voir tous les jours de 12h à 21h30.  Avec Aurélie, on a du mal à te laisser le soir. Les nouvelles sont stables, ta tension remonte et l'équipe soignante arrive à faire baisser les médcaments. Tu es tellement fort, tu te bats.

Dimitri repart inquiet dans l'après-midi et ta tante vers 23h. J'ai du soutien d'énormément de monde. 

Il y a un match de l'AJA. Ton papa a contacté ton ami Bruno BLANZAT pour te rendre hommage et avoir une petite pensée. 2-1 victoire de l'AJA, un signe ?

On se relaye tous à ton chevet, seul ou à 2 pour te parler, t'embrasser, te toucher. L'équipe soignante qui t'entoure est admirable. Ils sont à l'écoute, présent pour répondre à toutes nos questions. Ils sont formidable. On plaisante même avec les infirmières et infirmiers.

Samedi 23 janvier 2016 :

Aujourd'hui, tu parais moins serein. Tu as des résultats moins bon sur la vésicule biliaire. Tu as un teint jaune, des oedèmes partout. Ta tension fonctionne sans médicaments, c'est plutôt chouette. Le reste est stable mais tu es toujours dans l'incertitude.

J'ai récupéré Emma et Eden, ça été difficile. Emma m'a dit en premier "Hier, j'ai failli pleurer car je voulais que papa revienne et j'avais peur qu'il ne se réveille pas. Elle pleure beaucoup. Eden reste collé à moi.

David et Rossé repartent sur Lyon.

Dimanche 24 janvier 2016 :

Ta soeur a téléphoné dans la nuit. Tes pulsations cardiaques étaient trop élevées donc tu as eu un scanner et une fibroscopie. On t'as enlevé un bouchon de mucus je crois. Depuis ta respiration est redevenue normale. Tout le reste est stable.Aujourd'hui, tu parais plus apaisé. On garde confiance. On sait que le combat n'est pas gagné et qu'il va falloir être patient. Je t'aime tellement, tu me manques. Je suis totalement perdue sans toi.

Tes tatouages ont fait beaucoup parler l'équipe. J'ai eu des questions à ce sujet. Tes deux amours gravés à vie sur ton corps. Ils t'aiment et pensent très fort à leur papa chéri. On t'aime énormément tous les 3. Je t'aime mon amour reviens vite.

Lundi 25 janvier 2016 :

Aujourd'hui pleins de questions se posent dans ma tête. Voilà maintenant 12 jours que tu es partis de la maison. Tu me manques, j'ai envie d'un gros câlin dans tes bras. Je suis totalement perdue depuis bientôt une semaine. J'ai trop envie que tu te battes pour nous.

Emma et Eden ont repris l'école ce matin, ça s'est bien passé. J'ai pu parler avec la maitresse de Emma. Ils se posent beaucoup de questions mais j'essayent de prendre du temps pour leur expliquer, leur parler, les calmer.

Ce soir, pour le dodo je vais leur donnerun vêtement à toi pour qu'ils aient ton odeur. Ils t'aiment et ler papa leur manque.

Ton état de santé est stationnaire aujourd'hui. Ce matin tu as eu encore une fibroscopie pour enlever un bouchon. Tu reprends petit à petit une respiration stable. Il faut que tu tiennes mon coeur, que tu te battes pour nous. On t'attends à la maison. Le voisin vient prendre de tes nouvelles tous les matins. 

Je t'aime mon amour. Bats-toi !

Témoignage de ma femme Audrey que j'aime plus que tout

Kev