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J'ai conscience que ce que je suis, peut agacer. J'ai conscience d'être une personne parfois un peu trop présente mais aussi effacé. Je n'ai jamais su trouver le juste milieu. Je peux être une pipelette ou être en retrait.

Je peux l'avouer aujourd'hui, au bout de 35 ans. Je ne m'aime pas. Il y a des choses dont je suis fier et des parties de moi que je ne changerais pour rien au monde. Mais moi, ma personne, mon physique (encore plus avec ce corps charcuté) et ce que je fais ressentir aux gens est une réelle interrogation. Du coup, je ne m’aime pas. J'ai toujours peur que les gens fassent semblant. Je déteste les personnes au grand sourire mais derrière t'allumes.

Je sais que c'est idiot au vu de ce que j'ai vécu cette année et que je ne devrais pas me soucier du regard des gens. C'est plus fort que moi et j’en souffre.

Un passé qui peut expliquer

Enfant j'étais un garçon très timide. Je le suis toujours d'ailleurs mais je ne le montre pas. A la maison et dans ma famille j'ai été pendant presque 25 ans celui qui ne ferait rien de sa vie. Celui dont on disait "Mais qu'est-ce qu’on va en faire ?". J'ai même entendu, assez souvent, "Tu seras un chômeur", "tu vivras sous les ponts", "t'es bon à rien"... 

Et plus on me disait ça, moins je me bougeais le cul, pour dire "Eh ben oui, je suis une merde. Tu as raison, je vais te donner raison". Je n'aimais pas être à la maison. Se faire disputer parce qu'on parle lentement ou parce qu'on fait une grimace quand on est fatigué cela marque un gosse.

Je ne regrette rien et surtout je n'en veux à personne. J'ai eu une enfance heureuse, bien éduquée et en aucun cas maltraité physiquement. Mes parents ont fait du mieux qu'ils pouvaient avec les moyens du bord. Seulement, on ne peut pas oublier parfois certaines choses qui touchent notre sensibilité, ce que l'on est au fond. 

Du coup, je préférais être avec mes copains de Mailly, au foot ou avec mes potes du collège/lycée. Avec eux, j'étais respecté pour ce que j'étais. 

Un exemple simple. J'aime faire l'andouille, faire le con de manière idiote et enfantine. Mais chez moi on me disait, et même à l'âge 20-25 ans, "Arrête de faire le débile" sur un ton comme si je leur faisais honte.

Voilà, j'ai toujours fais honte à ma famille. Du moins c'est ce que j'ai toujours vu et pensé. Alors qu'en dehors de la famille c'était le contraire. Malgré que je ne faisais pas comme eux. Je ne fumais pas, ne buvais pas et surtout je n'allais pas faire de conneries. Avec mes copains mes différences devenaient des atouts, des points forts.

Ma sœur m’a même dit qu’au collège j’étais populaire. Moi ? Populaire. Je rêve. Je n’ai jamais rien fait pour. Si j’avais su à l’époque j’en aurais profité pour choper quelques petiotes en plus. Ha ha ha !!!

Petit à petit s'est installé un manque de confiance en soi. Et même si je n'avais pas trop de difficulté à avoir de petites copines, je ne me trouvais pas beau garçon non-plus. J'ai toujours détesté me regardé dans la glace. J’admirais mon pote Charles, putain de beau gosse.

Quand je fais quelque chose de bien, je le minimise. Je ne connais pas ma juste valeur. Je pense savoir de quoi je suis capable mais je ne tenterais jamais rien Sauf si l'on m'en donne l'opportunité.

J'ai 35 ans, et je ne m'aime toujours pas. J'ai 35 ans et je me trouve nul dans tout ce que je fais, ou pas assez bon. J'ai 35 ans et je me cherche encore.

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Photo de Dominique Cuperly (ancien Adjoint de Guy Roux) offrant un ballon dédicacé à Eliane, plus vieille supportrice de l'AJA (décédée en 2006), pour ces 85 ans qui a été la 1ère à croire en moi... Une femme que je n'oubierais jamais et à qui je pense très souvent.Elle est allée au stade jusqu'à 96 ans. Ma fille porte son prénom (le 3ème).

Je suis un adulte... Quelle tristesse !!!

La maladie, les opérations, les galères m'ont donné du caractère. L'éloignement de la maison aussi. J'ai appris à m'imposer, à faire valoir mes idées et à dépasser mes angoisses. Je suis capable aujourd'hui de tenir tête, de parler en public et de montrer que je ne suis pas plus con qu'un autre. 

J'ai cherché pendant 35 ans à prouver, à ma famille, que je valais quelque chose. J'ai cherché la lumière pour qu'ils me voient et pas pour être important aux yeux des autres.

Pour cela j'ai dû devenir ce que je déteste le plus, être un adulte. Ce paraitre, cette compétition entre chacun en pensant que notre part d'enfant ne sert à rien.

Aujourd'hui, je m'excuse pour tout car j'ai peur de ne pas être à la hauteur. Je m'excuse d'être trop effacé, je m'excuse de parler un peu trop et je m'excuse de m'excuser. A vouloir plaire à force je me déteste.

Ce soir, j'étais au foot. J'étais content, je suis rentré tard et j'ai pris plaisir à discuter avec des joueurs, des dirigeants et d'autres. Lorsque je me suis posé sur mon canapé en rentrant je n'étais pas bien. Pourquoi ? Car j'ai peur d'avoir trop parlé. J'ai peur d'avoir gonflé, peur qu'on se foute de ma gueule ou qu'on critique ce que je suis comme certains peuvent le faire avec d'autres personnes. Je trouve ce groupe de joueurs sympa et j’ai plaisir à les voir jouer.

Je ne devrais pas me soucier de tout ça mais bizarrement ça me touche. J'aime les gens, je ne suis pas quelqu'un de mauvais qui juge les autres. Pour que je n'aime pas une personne il faut vraiment me faire une crasse. Là-dessus je n'ai pas changé depuis que je suis petit j’aime l’homme… Et encore plus les femmes. Ah les femmes avec leur charme, leurs courbes et leur balai. lol

J'aimerais retrouver cette insouciance et ce m'en foutiste de mon adolescence. Je laissais parler, rien ne me touchais. Mes enfants m'aident beaucoup à retrouver ça. Mon métier m'aidait aussi beaucoup, malheureusement on va me l'enlever.

J'ai dû me forger un caractère, une carapace pour vivre dans ce monde pour exister et pouvoir m’y faire une place. Mais j’ai compris que je faisais fausse route.

Est-ce que j'aimerais être célèbre ? Non. J'aime mon anonymat. Est-ce que j'aime qu'on me félicite ? Oui. Car je suis toujours étonné de réussir. 

Si je me mets en avant c'est sûrement un mauvais réflexe de ne plus vouloir passer pour un moins que rien. Pour montrer que je suis là, parfois un peu trop. Si je mets en avant mes faits et gestes (Face, Twitter, blog,...) c'est pour prouver que je suis capable. Et si je suis tellement fier de mes gosses c'est pour éviter qu'ils vivent ce que j'ai vécu et je veux qu'ils sachent que je suis fier d'eux. Ils ne sont pas les meilleurs mais ils ne sont pas les plus nuls. De toute manière quoi qu'il arrive, quoi qu'ils deviennent je les aimerais toujours.

J'ai conscience de tout ça. Il n'y a pas de hasard si je me sens bien dans le social et que je veux toujours aider. Il n’y a pas de hasard si je me sens bien loin de ma famille. Heureusement, Audrey est là. Elle est mon guide, mon GPS. Celle qui m'aide à croire en moi, à croire en mes rêves.

Il y 2 ans j'ai passé cinq jours à l'AJ Auxerre. Un rêve, j'étais comme un gamin. Mais j'étais tellement submerger par l'honneur et l'admiration que j'avais pour Jo Radet et JM Nobilo que je n'ai pas osé poser les questions que j'avais au bord des lèvres. Je n'ai même pas pris une photo avec eux. Je ne voulais pas être irrespectueux. Ils m'accueillaient, c'était pas mal. Idem pour Pascal Vahirua avec qui j'ai bossé. Là c'était le vrai Kevin. Peu bavard, en retrait et respectueux de mes ainés, même si Johan n'a que 4 ans de plus. 

Mais c'est la même chose pour mon Président et les dirigeants du club où je suis. Je les respecte. Je suis un enfant au milieu de tout ce beau monde. Présent pour aider et non pour faire chier.

C'est dur ce monde d'adulte ou tout est hypocrisie et faux sourire. Je préfère le monde des enfants. Au moins, eux, ils ne trichent pas. 

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En colo en train de joueur "Tourné ménage" des Inconnus. Je suis Nathalie "Est-ce que tu baises ?"

Et après ?

Vous me direz "Mais quel rapport avec sa maladie ?". Le rapport est dans le fait que quand on est malade d'un Crohn il faut savoir faire abstraction du regard, des jugements des autres et de la honte que nous procure cette maladie. C'est un vrai handicap au quotidien. Alors si on allie la maladie avec mon enfance, il y a eu à un moment de ma vie où j'ai perdu ce que j'étais. Et c'est aujourd'hui que je le comprends. A quel moment je me suis perdu en chemin ? Quand je suis arrivé dans le Tarn-et-Garonne pour être Directeur.  Etre Directeur m'a fait basculé dans un univers qui ne me convient pas. 

Depuis 1 an, ma vie a été chamboulée et ma vision de la vie également. Si je devais être prétentieux et croire en moi je vous dirais que je suis persuadé de pouvoir devenir un très bon journaliste sportif. Que si vous me donniez une équipe de foot à coacher, de bon voire de très bon niveau, je réussirais malgré mon manque de diplômes (je continuerais à apprendre avant c'est évident). 

Je dirais aussi que mes idées, mes projets que j'ai en tête deviendront des réussites car tout est calculé et précis. Mais jamais vous ne m'entendrez dire cela. Jamais je ne pousserais les autres pour obtenir ce que je veux ou ce que je pense être capable de faire. Jamais. Je suis un tout petit bonhomme dont l'image que vous pouvez parfois voir n'est pas ce que je suis au fond. 

Mais ça c'est si j'étais sûr de moi et prétentieux. Ce que je ne pense pas être. Donc tout ceci n'est que rêve et suputation.

Vous me dites "Kev t'es un winner, t'es un guerrier. T'es courageux". Je ne pense pas mais si je prends un peu de recul c'est vrai quand même. Je sais par où je suis passé, je sais que j'ai une force de caractère particulière et un était d'esprit positif. Sauf que je ne veux pas le croire. Je le cache au fond de moi et préfère penser aux autres. Je ne veux pas péter plus haut que mon cul et me prendre pour ce que je ne suis pas. Si parfois je ne suis pas humble, là-dessus au moins je ne veux pas me vanter. D'autres souffres, je n'ai donc pas le monopole de la souffrance et du courage.

J'aime être discret et à la fois être déjanté (vidéos ci-dessous). J'aime suivre mon instinct et ne pas calculer. Je suis un gosse dans une enveloppe d'homme mal fichu et trop peu sûr de lui.

J'aime avant tout la vie. Les mois et les années qui vont suivre seront destinés à profiter. Je veux retrouver ce que je suis quand je suis au boulot. Pas Directeur. Je n'aime pas ce poste. Putain d'Directeur de merde oui. Même au taf j'ai perdu la joie. Si je reviens un jour ça ne sera pas comme Directeur mais comme animateur. Là où je peux être utile et là où je vais pouvoir m'éclater comme un gosse.

Aujourd’hui mon seul rêve c’est de changer de sexe. Euh, non je m’égard. Non, mon rêve serait d’offrir à mes enfants et ma femme des vacances de rêve, merveilleuses et inoubliables. Ils le méritent amplement. Ils ont tellement souffert par ma faute. Quatre jours de vacances ensemble en 6 ans c’est trop peu. J’attendrais de gagner au loto.

Si je suis fier d’une chose et sur laquelle je n’ai pas honte c’est que mon sort et mon intérêt passe après ceux que j’aime. Je veux pouvoir me retourner sur ma vie lors de ma dernière heure et me dire « Voilà, t’as tout fait pour eux. Tu t’es battu, tu les as aimés du mieux possible et j’ai fait ce que j’ai pu pour qu’ils soient heureux. Je peux mourir tranquille »

 

 

 




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